Lors du salon Ambiente à Francfort, Laura, responsable des partenariats de commerce équitable, a eu l’opportunité de rencontrer Indro, directeur de CRC, partenaire d’Oxfam-Magasins du monde depuis une vingtaine d’années. Une occasion de discuter avec lui des actualités de son organisation, et des enjeux qui l’occupent actuellement.
Indro, pourriez-vous nous partager quelques mots sur vous et votre entreprise CRC ?
Je m’appelle Indro Dasgupta et je suis le directeur de CRC (Craft Resource Center), une entreprise basée à Kolkata, dans l’est de l’Inde. CRC a été fondée en 1991 et nous sommes l’un des membres fondateurs de la WFTO, l’organisation mondiale du commerce équitable.
C’est ma mère, Irani Sen, qui est à l’origine de CRC. Elle travaillait au niveau local en tant que consultante designer, en aidant des artisan·e·s à concevoir leurs produits, à s’organiser et fonctionner en groupes. Un jour, des organisations de commerce équitable européennes lui ont suggéré de créer une nouvelle entité commerciale, et elle a fondé CRC. Comme son nom l’indique, CRC fournit des services aux artisan·e·s en termes de conception de produits, de préfinancement, d’emballage, de transport et de logistique. Nous sommes également une ressource pour les acheteurs/euses qui veulent certains types de produits, services, par exemple des emballages ou étiquetages spécifiques.
CRC n’est pas une ONG mais une entreprise, 100% viable et autofinancée. Notre mission est de générer des revenus pour les artisan·e·s et on y parvient en exportant leurs produits sur le marché international. Les artisan·e·s vendent leurs produits sur le marché local et national, mais cela ne leur permet pas de vivre décemment : le travail, les commandes et la rétribution sont fluctuantes, en fonction de la demande. Grâce à la vente de leurs produits à l’international via la filière équitable, les artisan·e·s bénéficient d’une source de revenus supplémentaire et plus régulière, leur permettant d’améliorer leur niveau de vie et de gagner en stabilité.
Selon vous, quelles sont les forces de CRC ?
Notre premier atout est que nous sommes viables et pérennes, tant sur le plan financier qu’humain. Notre fonctionnement interne est transparent et équitable.
Notre deuxième point fort est notre détermination vis-à-vis de notre mission. Nous n’avons jamais perdu de vue notre objectif qui est de générer des revenus pour nos artisan·e·s, et cela passe par la vente de l’artisanat. Nous nous sommes donc beaucoup concentrés sur la création et le développement des produits au fil des années. Nous essayons toujours d’avoir des designs contemporains, adaptés au marché international. C’est aussi une de nos forces.
Selon vous, quel est l’impact le plus important d’une organisation de commerce équitable ?
Nous respectons les 10 principes du commerce équitable de la World Fair Trade Organization (WFTO). Mais au-delà de ces engagements exigeants, et des impacts économiques et sociaux, je crois que le plus important est que nos travailleurs·euses sont traités dignement, que leur dignité est préservée.
Un autre point important pour moi dans le commerce équitable est que les gens travaillent sur la base de l’empathie, qui consiste à essayer de comprendre la situation de l’autre. Souvent, des erreurs se produisent et il faut chercher à comprendre pourquoi, d’où viennent les problèmes, et comment les résoudre. Et c’est une différence avec les acheteurs conventionnels qui sont très tranchés et pour lesquels seul le contrat compte…pas de place pour l’erreur, qui est pourtant humaine… !
Quels sont les principaux défis auxquels CRC est confronté ?
Notre principale difficulté pour le moment est la faible demande pour les produits d’artisanat. Il y a donc moins de travail pour les artisan·e·s, ce qui nous préoccupe beaucoup.
Une des choses qui me dérangent le plus, c’est le greenwashing et le fairwashing : il y a beaucoup d’organisations qui prétendent pratiquer le commerce équitable mais n’ont aucune certification reconnue. Je constate aussi un développement de labels soi-disant équitables mais qui n’en sont pas. Cela nous nuit beaucoup parce que les consommateurs·rices ne voient pas la différence, et que ces organisations proposent généralement des prix plus bas. Nous devons d’autant plus sensibiliser les citoyen·ne·s, et communiquer sur nos valeurs et engagements.
Comment présenteriez-vous la collaboration entre CRC et Oxfam-Magasins du monde?
La relation entre nos deux organisations est très ancienne. Nous travaillons ensemble depuis près de 20 ans. C’est une relation basée sur le respect, la confiance, la transparence et l’équité. Il y a beaucoup d’échanges d’idées, on travaille vraiment efficacement ensemble. C’est aussi une relation basée sur l’empathie, comme je le mentionnais plus tôt. C’est ce que je qualifierais de relation de commerce équitable idéale !
Qu’est-ce que cette relation commerciale à long terme signifie pour CRC ?
Un partenariat commercial à long terme est synonyme de revenus réguliers pour les artisan·e·s. Nous n’avons pas à nous inquiéter de ne plus avoir de commandes du jour au lendemain, comme c’est le cas dans le secteur commercial conventionnel. La relation se renforce au fil du temps, et cela nous donne une grande confiance en l’avenir.
Quelles sont les actions mises en place par CRC en matière de préservation de l’environnement ?
Vous savez, nous travaillons avec du coton biologique et du cuir écologique depuis 30 ans ; je dis toujours que le commerce équitable se préoccupait de l’environnement avant la naissance de Greta Thunberg !
Nous tâchons de réduire les déchets au maximum, en faisant attention à optimiser notre utilisation des matières premières ; on est vigilants sur notre consommation d’électricité et d’eau, tant pour l’usage quotidien que pour la production. J’ai fait des études sur l’empreinte carbone et je dois dire que celle des artisan·e·s est très faible : ils et elles n’ont généralement pas de télévision, ni de réfrigérateur, n’utilisent pas de voitures mais des vélos, ne prennent pas l’avion… Je ne peux pas leur demander de la réduire davantage. Ce qui cause de gros problèmes aujourd’hui dans les villages, c’est la pollution plastique, causée entre autres par les multinationales.
Enfin, nous aménageons nos installations en vue de réduire notre impact, comme par exemple avec l’installation de panneaux solaires sur le toit de notre bâtiment ou avec la construction de deux stations de traitement des eaux usées dans deux ateliers de production.
Un petit mot de fin, Indro ?
« Je suis très fier du travail accompli jusqu’ici. Je ne peux pas garantir que cela durera 30 ans de plus, mais nous faisons du bon travail, du travail honnête, et nous sommes engagés pour les artisan·e·s avec lesquels nous travaillons. Soutenez-les, soutenez-nous, achetez de l’artisanat équitable chez Oxfam-Magasins du monde ! »
CRC en quelques chiffres :
–24 employé·e·s à temps plein, en charge de la logistique, de la comptabilité, de la conception des produits, du suivi de la production, du contrôle qualité et de l’emballage
-25 groupes d’artisan·e·s réguliers, ce qui correspond à 1500 familles.